En février, un phénomène étrange et merveilleux se produit dans de nombreux foyers italiens : le temps semble s’accélérer. Certains dînent plus tard, d’autres repoussent leur séance de sport, d’autres encore s’offrent une tisane supplémentaire pour rester éveillés. Le Festival de Sanremo n’est pas qu’une émission de télévision : c’est un événement qui ravive des souvenirs, suscite des discussions et fait redécouvrir des chansons que l’on croyait oubliées.
Pour les Italiens vivant à l'étranger, Sanremo revêt une signification encore plus profonde. Certains le regardent en direct, décalés horaires et les yeux cernés. D'autres le suivent par bribes le lendemain matin, entre deux cafés et un trajet en tram. D'autres encore organisent une soirée entre amis, italiens ou non, pour expliquer pourquoi le concours « n'est pas vraiment une compétition », pourquoi les chansons sont importantes, mais aussi les vêtements, les blagues, les polémiques, les commentaires du genre « Qu'est-ce qu'il porte ? » et les « On chantait ça en voiture ! ». À cet instant précis, la distance géographique s'estompe. Elle ne disparaît pas, mais elle devient plus supportable.
Cette année, par exemple, la présence de Laura Pausini a eu un impact particulier, même au-delà des frontières italiennes. Non seulement parce qu'elle est l'une des voix les plus appréciées de notre musique, mais aussi parce que pour de nombreux émigrés, elle représente une bande-son personnelle ; ses chansons ont résonné dans les chambres loin de chez eux, lors des voyages de retour, dans les moments de nostalgie et lors des nouveaux départs.
Même les monologues et les moments consacrés à l'Italie d'aujourd'hui ont une valeur particulière pour ceux qui vivent à l'étranger : ce ne sont pas seulement des divertissements, mais des fragments d'un pays qui continue de changer et que les émigrés tentent de suivre de loin, entre une émission en direct le soir et les messages de leur famille restée au pays.
Certains se sentent italiens, tout simplement ; d’autres se sentent italiens « d’une autre manière » ; d’autres encore sont enfants ou petits-enfants d’émigrants et découvrent Sanremo comme une porte d’entrée vers la langue de leurs grands-parents. Dans de nombreuses familles expatriées, la soirée du Festival devient un moment de transition : on écoute une chanson et, sans le vouloir, on finit par parler de son départ, de ce qu’on a laissé derrière soi, de ce qu’on a trouvé.

Pour les Italiens du monde entier, Sanremo, c'est bien plus que de la musique. C'est une manière simple, concrète, imparfaite mais authentique de se sentir proches. Ou du moins, de se rappeler que la distance n'est pas la seule issue possible.




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